Un départ qui m’assomme

La Vie, cette force universelle qui existe partout et depuis toujours, est vraiment imprévisible.

On s’attache aux gens, aux animaux et aux choses… jusqu’au jour où on constate que là où il y a de la vie, l’attachement est vraiment important.

J’ai eu du chagrin quand j’ai dû me défaire de la voiture Honda que j’adorais. J’ai eu du chagrin quand il m’a fallu quitter des amis sachant que plus jamais je ne les reverrais ni entendrais parler d’eux. Internet m’a fait découvrir cette douleur qui n’existait pas dans mon dictionnaire auparavant.

Quand j’étais enfant, il y avait un petit commerce que nous appelons au Québec « dépanneur ». C’est cet endroit où les enfants vont acheter leurs bonbons, où le voisin passe chercher son journal quotidien et où la maman se dépêche de se rendre pour un ingrédient manquant et pourtant essentiel pour la recette du repas de ce soir.

À St-Henri de Lévis, d’où je viens, ce dépanneur était tenu par un vieil homme jusqu’à ce qu’il décède subitement. Il était fatigué et malade. Nous nous y attendions tous mais son départ nous a vraiment déstabilisés. Il a fallu attendre quelques semaines avant que le commerce soit vendu et repris par deux femmes d’âge mûr qui formaient un couple. À cette époque le sujet était tabou. Elles se présentaient donc comme des cousines célibataires et tout le monde était content.

Je les appréciais toutes les deux, mais une d’elles était plus douce, plus chaleureuse. J’adorais passer du temps après l’école pour causer avec elle. Elle avait une culture incroyable et adorait voyager dans sa tête tout comme moi. Nos échanges étaient extraordinaires et c’était mon petit bonheur du jour. En fait, en quelques mois elle était devenue ma meilleure amie et ma confidente. Jusqu’au jour où j’ai appris son décès. Ma famille a mis plusieurs jours avant de me donner plus de détails.

Elle avait été assassinée par sa conjointe jalouse. Ce fut mon premier contact avec l’idée que deux femmes puissent être conjointes l’une de l’autre.

C’était aussi la première fois que j’étais confrontée au décès d’une amie très chère. Avant, mes seuls deuils avaient été la perte de mes compagnes sauterelles, mouches et araignées qui partageaient mon lit dans un gros bocal au couvercle transpercé pour laisser l’air circuler.

Plus tard j’ai perdu ma grand-mère, dont la cérémonie a eu lieu le jour de mon 12e anniversaire, mon père plusieurs années plus tard et depuis quelques années ce sont mes animaux de compagnie qui s’en vont un à un. Ayant choisi de prendre en charge des animaux qui n’ont pas été choyés par la vie, la majorité ont des soucis de santé. Je dois donc m’y attendre mais je ne parviens pas à m’y faire.

Perdre un oiseau ou plusieurs c’est difficile mais je m’attache un peu moins à un oiseau…

Nous avions recueilli un minuscule chien qui avait traversé plus d’épreuves que n’en vivront la majorité des humains sur cette terre et après 5 années de vie en notre compagnie, son petit corps n’en pouvait plus. Il est décédé pendant une petite chirurgie pour lui extraire des dents problématiques. Il a laissé un souvenir impérissable en nous.

Le jour où Chérie est décédée après 2 mois d’amaigrissement et de difficultés respiratoires de plus en plus évidentes, j’ai compris que mon attachement à chacun de mes chats était aussi profond que celui que je ressentais pour cette amie assassinée. Elle est décédée du cancer après plusieurs examens chez des vétérinaires qui ne parvenaient pas à trouver ce dont elle souffrait vraiment. Ne voulant pas qu’elle devienne un laboratoire vivant, j’ai demandé qu’on mette fin à ses souffrances. Elle est partie dans mes bras pendant que je lui disais à quel point je l’aimais et combien elle avait su me rendre heureuse pendant toutes ces années.

3 ans se sont écoulés jusqu’au 17 mars dernier ou Léon, mon ami des mauvais jours quand je suis arrivée à Montréal, ce chat noir qui allait bientôt avoir 15 ans s’est accordé enfin le repos éternel après m’avoir offert près de 5 jours de préparation. Il ne souffrait pas mais il s’affaiblissait de jour en jour. Je l’ai veillé jours et nuits pour les 3 derniers jours afin de m’assurer qu’il ne manquerait de rien pour son dernier voyage. L’avoir ainsi accompagné m’a donné la chance de vivre un deuil en harmonie. Il me manque mais je suis en paix avec son départ.

Hier, en fin d’après-midi, vers 17h20, Joël, notre magnifique chat affecté d’obésité morbide depuis des années, a été victime d’un arrêt cardiaque soudain et irrévocable. En quelques secondes à peine il est passé du sommeil profond au sommeil éternel en passant par des efforts pour reprendre son souffle. J’ai eu juste le temps de quitter l’ordinateur pour me rendre auprès de lui, le prendre dans mes bras pour tenter de l’aider, lui faire un massage cardiaque, lui donner la respiration artificielle, pour finir par le regarder dans les yeux et voir son regard se voiler à jamais.

Ce fut certainement le contact le plus intense avec la mort que j’ai eu l’occasion de vivre. C’est difficile, mais c’est un moment de grande dignité.

Contrairement à la perte d’un ami ou d’un membre de la famille, quand je perds un compagnon du monde animal, le fardeau de gérer la dépouille me reviens à chaque fois. Donc, après avoir attendu les premiers symptômes de rigidité cadavérique dans l’espoir d’avoir fait un mauvais diagnostic et qu’il reprendrait son souffle de nouveau, il m’a fallu le mettre dans une boîte après avoir enveloppé son petit visage adoré de plusieurs baisers d’adieu.

Julie s’est chargée de creuser la fosse derrière la maison et à 20hres il était déjà installé dans sa demeure éternelle. Il manque à tous ici. La relation que nous avions avec lui était vraiment particulière. Son regard profond nous hypnotisait. Il nous a toujours regardé directement dans les yeux, jamais de faux fuyant. Je profite de cette vitrine pour vous le présenter.

Une belle âme, un être vivant à l’image de la perfection, jamais d’agressivité, toujours là pour me cajoler quand j’avais le cœur gros, il a traversé la vie avec une attitude adorable. J’aimerais un jour rencontrer un être humain ayant autant de courage, de ténacité et de résilience.

Je ne t’oublierai jamais mon bel Ange…

Repose en paix mon ami, mon bébé.

Repose en paix mon ami, mon bébé.

 

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